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Un peu d'Histoire

Les noms et la Révolution

Dans la série des réformes de la Révolution française, en voici une peut-être moins connue que les autres : le changement des noms de communes et de lieux.
Il s'agissait de supprimer tout signe de royauté bien sûr, mais aussi et surtout de christianisme (la Révolution étant par essence anti-religieuse). Exit les rois, les saints, les châteaux... et tout ce qui pouvait rappeler de loin ou de près l'Ancien Régime. Un monde nouveau devait émerger.
Bourg-la-Reine devint ainsi Bourg-Egalité, Saint-Cloud, Pont-la-Montagne, Villeneuve-le-Roi, Villeneuve-sur-Seine, Saint-Germain-en-Laye, Montagne-du-Bon-Air, Saint-Léger-en-Yvelines, Marat-des-Bois, Marly-le-Roi, Marly-la-Machine... et la liste est longue !
Au niveau des colonies, l'Ile Bourbon devint l'Ile de la Réunion. Port-Louis, Port-de-la-Montagne, Fort-Dauphin, Fort-Liberté...
Il en allait de même pour le choix des prénoms. La mode était de se référer aux révolutionnaires (il y eut des Marat et des Maratine), aux événements et concepts révolutionnaires (Victorine Constitution Liberté Égalité naquit le 10 juillet 1793), ou à l'Antiquité (beaucoup de Brutus notamment).
Les Louis et les Louise n'étant plus de mise, certains demandèrent à se faire débaptiser et à changer de nom (pour en prendre un plus politiquement correct). En tout cas, il n'est plus question de tirer le prénom du calendrier, sauf du calendrier républicain peut-être...
Toute une vague de prénoms que nous qualifierions aujourd'hui de fantaisistes ou de dificiles à porter furent dans l'air du temps en raison de leur caractère patriotique : La Paix, Vertu Constante, Récompense Caroline, Ventose Panier, Désirée Rosalie Thérèze Dix-Thermidor, etc. Les noms à consonance nobles étaient bien sûr cordialement détestés (exemple : Marie-Anne...).
 
Mais les réformes de la Révolution n'étaient pas toutes fantaisistes. Il y avait une volonté de faire émerger une nation, un sentiment national, aussi des tentatives d'uniformisation furent prises dont l'effet fut durable.
La Constitution le dit : la France est une République, une nation indivisible. Il faut donc l'unifier, l'uniformiser. Les dialectes, patois et autres langues régionales (très répandues à l'époque) furent supplantées par une langue nationale : le français. Il deviendra obligatoire à l’école et à la caserne.
Autre facteur d'uniformisation : le système de mesure. Auparavant, chaque région avait son propre système. L’ancien système s’inspirait du bon sens populaire et l’homme se servait de son corps pour mesurer : pied, pouce... ou de ses outils, comme le panier. Mais comme tous les instruments de mesure n'étaient pas de la même taille, il était difficile de s'entendre sur le prix d'un morceau de tissu ou d'un sac de légumes... L'adoption du système métrique, unique sur tout le territoire, permit d'éviter toute confusion. Le système métrique devint officiel le 7 avril 1795.
Plus anecdotique mais amusant : le 15 Novembre 1793 (26 Brumaire an II selon le calendrier républicain) un décret stipule que tous les Français doivent manger le même pain. Reste aux boulangers à fabriquer le pain de l’égalité : plus question de réserver le pain blanc aux riches et le pain de son aux pauvres. En 1856, Napoléon tentera de réglementer la taille et le poids du pain, mais c'est seulement après la Seconde Guerre Mondiale que tous les boulangers de France fabriqueront des baguettes.

C'est le temps qui aura permis de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises réformes de la Révolution. Ainsi, les noms de communes révolutionnaires n'ont pas survécu (peut-être parce qu'un nom, ce n'est pas anodin, ça a une histoire... et que l'histoire, on ne l'efface pas d'un revers de main ou par un décret...).
J'avais déjà parlé de la refonte des cartes à jouer visant à supprimer les rois, les dames et les valets. Ils sont revenus en force une fois le régime tombé. De même pour le calendrier républicain et la semaine de dix jours, revenue à sept.
La galette des rois a été préférée au gâteau de l'égalité. Et on dit "Monsieur" et "Madame" et non plus "citoyen", "citoyenne". L'égalité, oui, mais pas au détriment de l'élégance.